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Un jeune Rennais jugé pour avoir imaginé un attentat contre le Roazhon Park

Le projet d'attentat évoque une attaque contre le Roazhon Park, mais aussi le bar l'Equipe et le Carrefour City de la rue de Lorient à Rennes. (illustration)

© Radio France

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Evan Lebastard

Bientôt quatre ans qu'il se trouve en détention. Un jeune Rennais de 21 ans est jugé à partir de ce mardi, devant la Cour d'assises des mineurs spéciale, à Paris, qui juge les affaires de terrorisme. L'accusé, arrêté le 16 janvier 2018, avait imaginé un attentat contre le Roazhon Park, mais aussi le Carrefour City et le bar l'Equipe, rue de Lorient. Projet qu'il assure avoir abandonné avant même son arrestation.

G. se convertit à l'islam début 2017, à l'âge de 16 ans, alors qu'il fréquente un ami rencontré dans un club de boxe. Petit à petit, il s'intéresse à ce qu'il se passe en Syrie, échange sur la messagerie cryptée Telegram. Il y relaie des textes et des vidéos de propagande pour le jihad. Un temps proche des idées de l'Etat Islamique, il s'en éloigne ensuite pour les thèses d'un groupe satellite d'Hayat Tahrir al-Cham (ex-Jabhat Al Nostra).

Faire "un 13 novembre mais en mieux"

L'idée d'un projet d'attentat en France, à Rennes, commence à germer. Il recherche sur internet et télécharge des notices sur comment "fabriquer une bombe dans la cuisine de votre mère", ou "tuer les collabos pour la politique de l'Etat français contre le califat, guide pour le lion solitaire qui souhaite faire une attaque ciblée". Dans ces nombreux échanges sur la messagerie cryptée Telegram, il est en lien avec des membres de la mouvance jihadiste, parfois en Syrie. En août 2017, il écrit ainsi vouloir faire "un 13 novembre mais en mieux", dans un message envoyé à un autre adolescent, R., co-accusé dans ce procès. Il tente également de recruter des complices.

Un jeune Rennais jugé pour avoir imaginé un attentat contre le Roazhon Park

Ce projet d'attentat, G. évoque sa mise en œuvre s'il ne parvient pas à partir en Syrie. Ces velléités de départ attirent l'attention des agents de la DGSI, la direction générale de la sécurité intérieure. Le jeune homme est placé sous surveillance à la fin de l'année 2017, avant d'être interpellé le 16 janvier 2018.

60 victimes au Roazhon Park, dans un bar et une supérette

A son domicile, les enquêteurs découvrent ce qui semble être un projet préparé : un plan dessiné à la main représentant le Roazhon Park, mais aussi le bar l'Equipe et le Carrefour City de la rue de Lorient. Sur son ordinateur, des photographies et des vues aériennes du stade ainsi que des plans d'accès. G. évoque le nombre de victimes : "40 idolâtres" au Stade Rennais, 6 à 10 au bar l'Equipe, 10 à 15 au Carrefour City. "Total : environ 60 idolâtres". Le mode opératoire fait lui aussi écho aux attentats du 13 novembre 2015 : des voitures qui déposent les assaillants devant les lieux visés, et ceux-ci qui tirent en rafales.

Durant les auditions, G. l'assure, ce projet, il l'a abandonné. S'il reconnait avoir encore envisagé un passage à l'acte jusqu'en décembre 2017, quelques semaines avant son interpellation, il souligne ne pas avoir cherché à se fournir en armes. "Il reconnaît intégralement les faits avec cette précision que, concernant le projet d'attentat contre le Stade Rennais, il explique et c'est d'ailleurs confirmé par les éléments de l'enquête, qu'il l'avait pensé et immortalisé uniquement sur le papier, qu'il avait pu échanger avec des individus sur les réseaux cryptés à ce sujet, mais qu'il n'y a jamais eu de commencement d'exécution ni d'actes préparatoires et qu'il l'avait en définitive abandonné", confie son avocat, Maitre Jean-Guillaume Le Mintier.

Un jeune manchois co-accusé

Mis en examen pour "participation à une association de malfaiteurs terroriste en vue de la préparation d’un ou plusieurs crimes d’atteintes aux personnes", le jeune homme est donc jugé à partir de ce mardi et jusqu'à vendredi. A ses côtés, comparait également R., ce jeune Manchois, rencontré via Telegram, avec qu'il a évoqué ses envies de partir en Syrie et ses projets d'actions violentes.

R., aujourd'hui âgé de 21 ans, et arrêté en 2019, était lui aussi en contact avec de nombreux jihadistes présents sur zone : il avait aussi commencé à traduire de la propagande de l'arabe vers le français. Concernant de potentiels projet d'attaques, il admet avoir "soutenu l'idée de faire un attentat", et avoir proposé son aide à G. , tout en assurant n'avoir jamais envisagé passer à l'acte lui-même. "C'est l'aboutissement d'une très longue instruction", indique son conseil, Maitre Malcolm Mouldaïa, qui le défend aux côtés de Maître Marie David-Bellouard. "Mon client reconnaît les faits depuis son placement en garde à vue, donc je suis assez heureux qu'enfin le dénouement arrive et je crois que lui attend avec énormément d'impatience cette décision de justice. Il est très stressé. Il faut le savoir, c'est quelqu'un qui était inconnu des services de police et qui donc n'a jamais comparu devant une quelconque juridiction. Il est donc extrêmement stressé, mais en même temps, il a à cœur de dire sa vérité."

Maitre Malcom Mouldaïa devrait donc insister sur les mécanismes de radicalisation chez son client, endoctriné très jeune. "C'est terrible ce que je vais dire, mais c'est une chance qu'il ait été interpellé. D'abord, c'est une chance pour la société française puisqu'il n'y a pas eu d'attentat dans ce dossier, et lui, ça lui a permis d'être arrêté à un moment où il n'avait encore la possibilité de changer."

Les deux accusés encourent 15 ans de réclusion criminelle si le tribunal retient l'excuse de minorité, le double si celle-ci est exclue.

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