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Des réformes à l’échec

Des réformes à l’échec

Said Rabia

01 décembre 2021 à 10 h 02 min

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L’école algérienne peine encore à sortir de la zone de turbulences. Les grèves cycliques – liées essentiellement au statut de l’enseignant, à sa rémunération –, la refonte perpétuelle des programmes et des méthodes d’enseignement l’ont installée dangereusement dans une crise endémique.

En 10 ans, le cycle primaire a connu une multitude de chamboulements, allant du raccourcissement de sa durée, la révision du contenu des manuels scolaires, jusqu’à la suppression de l’examen de cinquième, puis sa réhabilitation avant que l’on décide de le supprimer une seconde fois à partir de cette année.

Des réformes à l’échec

Les autres paliers n’en souffrent pas moins, eux qui n’ont pas échappé au train des «réformes» introduites par petites doses par les gouvernements successifs. Si l’on ne sait pas encore combien de temps elle va durer, la refonte de l’enseignement qui a commencé par l’adoption de «l’approche par les compétences» en 2003, censée pourtant lui donner de la performance et de la qualité, a produit plutôt de l’anarchie et un sérieux désordre dont on peut mesurer aujourd’hui aisément les dégâts.

Très peu d’élèves, tous paliers confondus, échappent au recours systématique aux cours de soutien qui renseignent d’abord sur le déclin pédagogique à l’école et qui grèvent lourdement les revenus des ménages. Quels résultats ! La brutalité avec laquelle la réforme a été imposée au système de l’Education nationale, l’impréparation du corps enseignant à la rupture soudaine avec les anciennes méthodes d’enseignement, l’immense difficulté d’assimiler la nouvelle approche et le peu d’importance accordée à la formation et au métier d’enseigner n’arrêtent pas d’impacter négativement la qualité de l’enseignement et, de ce fait, l’avenir de nos enfants.

Le bac a été accordé l’année dernière avec une moyenne d’admission de 9,5 sur 20. N’est-ce pas là un synonyme de l’échec patent de notre système éducatif ? Qu’est-ce qui empêche, aujourd’hui, ceux qui sont en charge de l’éducation nationale de marquer une halte, convoquer les états généraux de l’enseignement en Algérie, faire le bilan des réformes et mettre en place un système éducatif digne des défis de performance qu’impose le développement du pays ?

Annoncer des réformettes en pleine année scolaire, comme la suppression de l’examen de fin de cycle primaire, ou l’introduction de l’anglais à partir de la troisième année scolaire, sans appréhender le temps que prendra l’élaboration des manuels pour l’apprentissage de cette langue et le nombre d’enseignants que cela requiert, est une véritable fuite en avant.

On ne décide par pour l’école au gré des conjonctures politiques ou de l’humeur du moment, comme cela a été fait il y a presque 20 ans, lorsque la gouvernance de Bouteflika avait mis sous le coude la réforme tant attendue de l’enseignement préconisée par la commission Benzaghou et faire sortir de nulle part «l’approche par les compétences», une méthode qui était alors, et jusqu’à aujourd’hui d’ailleurs, très controversée dans le monde au point d’être qualifiée de «l’enseignement de l’ignorance».

L’organisation de l’école, la réforme des programmes et des méthodes d’enseignement, ce n’est pas un jeu d’enfant. Il est d’une extrême urgence de lui mobiliser tout ce que possède le pays comme moyens, énergies et intelligences pour lui éviter de sombrer.

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