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Comment les enseignants sont préparés à affronter l’agressivité des élèves

Les versions divergent quant à la motivation de l’élève. L’une fait état d’un vif échange avec l’enseignante à propos d’un devoir non effectué. L’autre évoque la chute d’une calculatrice comme élément déclencheur. Une chose est sûre : cet élève de seconde, âgé de 15 ans, a violemment frappé au visage sa professeure de maths, qui a dû être transportée à l’hôpital, d’où elle a pu sortir dans la soirée.

Survenue lundi 29 novembre au sein du lycée Montaigne, à Paris, en bordure du jardin du Luxembourg, cette agression vient grossir le flot des violences dont sont régulièrement victimes des enseignants.

Des violences en hausse en primaire

Selon le ministère de l’éducation, dans les écoles publiques, les enseignants sont impliqués comme victimes dans la moitié des incidents graves déclarés par les inspecteurs. Dans le second degré des secteurs public et privé sous contrat, les enseignants sont victimes dans un quart des incidents graves signalés par les chefs d’établissement. Les violences, majoritairement verbales, sont en hausse dans le primaire (2,4 cas graves pour 1 000 élèves en 2019-2020, 2,8 en 2020-2021) mais reculent légèrement dans le secondaire (le taux passe de 12,2 pour 1 000 à 10,2 sur la même période).

Ces statistiques interrogent en tout cas la façon dont les professeurs sont préparés, ou pas, à faire face à l’agressivité de certains de leurs élèves. « Une fois obtenu leur concours, les enseignants stagiaires sont à mi-temps devant les élèves, à mi-temps en formation, où ils bénéficient d’un module “autorité et gestion de classe” », indique Alain Frugière, directeur de l’Institut national supérieur du professorat et de l’éducation (Inspé) et président du réseau des inspé.

Comment les enseignants sont préparés à affronter l’agressivité des élèves

« En complément de la partie théorique (sociologie des élèves, psychologie de l’adolescent, etc.) qu’ils ont reçue, s’ils ont préparé leur concours dans le cadre de l’Inspé, ils abordent avec des formateurs de terrain différentes situations de tension ou de violence inspirées de la réalité. Ils sont invités aussi à se pencher sur les situations qu’ils vivent eux-mêmes dans le cadre de leur stage, par le biais de l’analyse de pratique. »

Jeux de rôles

Durant la formation, il arrive aussi que les futurs enseignants participent à des jeux de rôle pour tester leurs réflexes et réfléchir à l’attitude la plus pertinente à adopter face à un accès de violence. « Mais les situations sont rarement celles auxquelles on sera confronté, les élèves ayant une infinie capacité à nous surprendre », tranche Jean-Rémi Girard, le président du Syndicat national des lycées et collèges.

Le partage d’expérience passe aussi et surtout par les pairs, estime ce responsable syndical. « Longtemps, les difficultés de gestion de classe sont restées un sujet tabou. Mais ce n’est plus le cas, notamment parce qu’elles sont en augmentation et que tout le monde y est, un jour ou l’autre, confronté. Les échanges sur ce sujet sont quasiment devenus la norme en éducation prioritaire, où le collectif enseignant joue un rôle capital. Chercher de l’aide et du conseil auprès de ses collègues y relève presque, dans certains cas, d’un réflexe de survie ! »

Bien connaître le cadre juridique

« Ce qui protège les enseignants, c’est aussi de bien connaître le cadre juridique », ajoute Jean-Louis Linder, le vice-président de l’Autonome de solidarité laïque. Cette structure, qui compte 475 000 adhérents parmi le personnel de l’éducation, a pour vocation d’accompagner, avec des pairs et des avocats-conseils, les professeurs et membres de l’équipe éducative rencontrant des situations de conflit. L’an dernier, elle a aussi proposé environ 7 500 formations consacrées à la responsabilité civile et pénale des agents, aux questions de déontologie ou encore aux risques liés aux usages du numérique...

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« Il est essentiel de savoir par exemple ce qu’il est acceptable de supporter et ce qui ne l’est pas, et de connaître les comportements qu’on peut adopter sans se mettre en danger juridiquement. Lors de ces formations, nous partons de cas, anonymisés, que nous avons eu à traiter parmi nos 10 000 dossiers annuels », précise Jean-Louis Linder. Dans la masse de ces affaires, 150 à 200 concernent des agressions verbales graves ou des agressions physiques.