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ENTRETIEN. Guillaume Martin : « Il n’y a pas un monde d’écart entre Pogacar et nous »

Disponible, curieux, dans l’échange, le cycliste normand Guillaume Martin, 28 ans, s’est prêté avec intérêt au jeu des questions-réponses avec les lecteurs de Ouest-France, ce mardi 23 novembre. Le grimpeur de l’équipe Cofidis, 8

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du dernier Tour de France, était l’invité du journal à l’occasion de la sortie de son deuxième livre, « La Société du peloton », aux éditions Grasset (17,90 €). Ce « cycliste philosophe » n’a éludé aucun sujet, avec l’authenticité et la sincérité qu’on lui connaît. Depuis deux ans, c’est lui le meilleur tricolore au classement général de la Grande Boucle. Entretien.

Ses débuts

« J’ai toujours aimé le sport de façon générale. Dans la famille, on avait un fort instinct de compétition. J’aimais tous les sports. Gamin, je me souviens, je me battais avec mon frère pour avoir la télécommande. Lui voulait regarder les dessins animés et moi les chaînes sportives. Quand il y avait Roland-Garros, on mettait deux chaises, une baguette en bois et on jouait au tennis dans la cour. Quand on voyait les Jeux olympiques, le lancer du marteau, on allait dans notre grand jardin, avec un fil auquel on attachait on marteau et on lançait... »

« J’ai fait du football du 6 à 9 ans mais ce sport était peut-être trop collectif pour moi, puis je me suis tourné vers le vélo à l’âge de 12-13 ans. Mon père avait fait du vélo quand il avait une petite vingtaine d’années. Il m’a emmené voir des courses régionales, mais c’était surtout un choix personnel. Quand j’ai commencé, le vélo était moins populaire qu’actuellement. Aujourd’hui, c’est un sport qui a le vent en poupe, c’est un sport à la mode qui peut attirer des enfants. Tant mieux. »

Son refus de l’abandon

« (Il n’a pas abandonné de course depuis 2018) Je cours beaucoup, j’ai un côté hyperactif, accro à la compétition. J’accorde tellement de valeur au vélo, une valeur presque philosophique que pour moi, abandonner cela a une vraie importance, métaphysique, existentielle. Parfois, d’accord, on n’a pas le choix, quand on est malade... Mais moi, je suis tellement concentré en course que je ne considère pas l’abandon comme une option. Je n’y ai même pas pensé par exemple cette année sur la Vuelta, après ma chute. »

« Je ne dis pas que c’est bien... Peut-être que pour être meilleur cycliste, il faudrait d’ailleurs que j’apprenne à abandonner un peu plus, courir un peu moins, cibler un peu plus mes courses, ou alors laisser filer si je ne suis pas en mesure de jouer quelque chose. Mais j’ai du mal à la concevoir, ce n’est pas ma nature. Et je n’ai pas envie de lutter contre ma nature. Même si je vise des étapes, je ne peux pas me résoudre à laisser filer trop de temps au classement général. »

« À ce sujet, on a tous un rapport au sport différent. Pendant le Tour, Van der Poel a gagné une étape, porté le Maillot jaune, attaqué dans tous les sens et son abandon était prévu au bout d’une semaine. Ça, moi, je ne le conçois pas. Ce n’est pas l’esprit du sport. Et c’est pour cela aussi que je ne veux pas abandonner les classements généraux dans l’avenir. Pour moi, c’est l’essence d’une course de vélo, le plus noble, le classement général. »

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Ses objectifs 2022

« Je ne vais pas trop m’avancer sur la saison 2022, car c’est lors du stage mi-décembre en Espagne où l’on va décider des programmes. L’arrivée de Ion Izagirre va m’enlever le poids de leader sur certaines courses. Avoir des talents dans son équipe, c’est souhaitable, on voit d’ailleurs ce qui se passe chez Ineos ou Jumbo. Pour le prochain Tour, une fois qu’on aura passé les six premiers jours, on verra s’il est à mon avantage... (rires). »

« Je ne sais pas si je vais continuer à progresser en 2022, mais je ne pense pas encore avoir exprimé tout mon potentiel. Cette année, j’ai fait 8

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du Tour, mais en termes de ressenti, je me sentais mieux l’année dernière, dans la saison post Covid, où j’avais fait 3

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du Dauphiné avant d’aller sur le Tour. Je n’ai pas eu que de la réussite cette année, avec beaucoup de chutes. »

La course où il prend le plus de plaisir

« Ce serait facile de répondre le Tour de France, mais je ne sais pas si c’est vrai... Le Tour, en fait, on est en quelque sorte dépossédé de soi-même. Il y a trop de journalistes, de caméras, de public. Cela...

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