Resultat Examen

Faut-il s’inquiéter de la baisse du nombre d’heures de maths au lycée ? Abonnés

► « Mieux vaut moins d’élèves, mais plus motivés »

Pierre Mathiot, directeur de l’Institut d’études politiques de Lille, auteur du rapport qui a inspiré la réforme du lycée

Cette diminution du nombre global d’heures de maths dispensées est la conséquence logique et prévisible de la réforme du lycée. Avant son entrée en vigueur, en 2020, 85 % des élèves, ceux inscrits en filière S ou ES, étudiaient cette discipline jusqu’à la fin de la terminale. Ceux de la série L conservaient des mathématiques en première. Désormais, cette matière ne fait plus partie du tronc commun mais constitue l’un des enseignements de spécialité entre lesquels les lycéens doivent choisir.

En 2020, ce sont tout de même 63,8 % des élèves de première qui avaient sélectionné les maths comme l’une de leurs trois spécialités (– 5 points par rapport à l’année précédente) et 41,2 % de ceux de terminale qui avaient choisi d’en faire l’une de leurs deux « spé ». Cette spécialité est ainsi, de loin, celle qui compte les plus forts effectifs.

→ CHRONIQUE. Réforme du lycée : une copie de maths à revoir

S’ajoutent aussi les deux options proposées en terminale. D’une part, « maths expertes » (3 heures par semaine), pour ceux qui conservent la spécialité maths (6 heures) : 50 000 lycéens la suivent, soit davantage que le nombre d’élèves qui, jadis, en terminale S, se spécialisaient dans les maths. D’autre part, l’option « maths complémentaires », que peuvent choisir les élèves arrêtant en fin de première la spécialité maths : 17,3 % des lycéens de terminale suivent cette option, qui permet d’acquérir un niveau suffisant pour entrer ensuite en économie, en prépa école de commerce ou à Sciences Po...

L’esprit de la réforme est donc pour moi respecté : mieux vaut des élèves moins nombreux mais dotés d’une appétence pour les maths. D’autant que le niveau d’exigence est égal voire supérieur à celui de l’ancienne filière scientifique. On peut dire aujourd’hui que le lycée est en mesure d’alimenter correctement l’enseignement supérieur en futurs étudiants présentant des compétences en maths en adéquation avec les besoins des différentes formations.

Pour le reste, on peut comprendre l’inquiétude des professeurs de maths qui, voyant baisser le volume global d’heures dispensées, s’interrogent sur le nombre de postes qui, à l’avenir, seront ouverts aux concours. Dans mon rapport, j’avais proposé de maintenir les mathématiques dans le tronc commun, soit en première, soit en terminale. Mais un autre arbitrage a été fait (notamment pour tenir compte de la pénurie de candidats dans cette discipline au Capes et à l’agrégation). Il paraît aujourd’hui impossible de faire marche arrière.

Faut-il s’inquiéter de la baisse du nombre d’heures de maths au lycée ? Abonnés

En revanche, on pourrait solliciter davantage les profs de maths pour assurer les deux heures hebdomadaires d’enseignement scientifique, en première et terminale. Ils pourraient ainsi donner, dans l’interprétation du programme, une coloration davantage mathématique à ces cours.

► « Préserver un enseignement fondamental et d’avenir »

Sébastien Planchenault, président de l’Association des professeurs de mathématiques de l’enseignement public

Cette baisse, nous l’avions déjà signalée au ministère. Depuis la réforme du bac, soit on fait des mathématiques à un niveau expert, soit on n’en fait pas du tout. Pour ceux qui choisissent la spécialité à la fin de la seconde et la conservent en terminale, le nombre d’heures ne diminue pas par rapport à la filière S. Au contraire, il augmente même, puisqu’ils peuvent prendre l’option « mathématiques expertes ». Mais pour tous les autres, le volume horaire global a largement baissé. Avant la réforme, les mathématiques étaient présentes en séries S et ES et 85 % des élèves suivaient cet enseignement, y compris en L, lorsqu’ils choisissaient l’option. Aujourd’hui, ils sont à peine 50 % en terminale. Si on ne prend pas la spécialité, on n’en fait plus du tout en première et en terminale.

Certes, les mathématiques sont en partie proposées en enseignement scientifique, mais il s’agit surtout de mathématiques outillées, à usage des sciences, et majoritairement enseignées par des collègues de physique ou de sciences de la vie et de la Terre (SVT), qui n’ont pas forcément l’expertise didactique de la discipline.

→ ANALYSE. « Eureka ! », et la découverte fut

Ce choix est problématique pour deux raisons. D’une part, il renforce l’image élitiste des maths, puisque seule une certaine catégorie d’élèves peut y prétendre, et notamment ceux issus de milieux favorisés, comme le relève l’étude de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance. D’autre part, il interroge sur la capacité de la France à répondre aux enjeux technologiques de pointe à venir, comme l’intelligence artificielle, qui nécessitent une connaissance mathématique et une expertise. On constate déjà une légère diminution du nombre d’élèves qui choisissent la spécialité mathématiques, dont le niveau est très élevé, par rapport au début de la réforme.

Celle-ci présentait un avantage en créant une voie dédiée aux futurs scientifiques, par rapport à la voie S qui était devenue généraliste. Mais le problème c’est qu’elle réduit les choix d’orientation des élèves. Aujourd’hui, s’ils ne prennent pas la spécialité mathématiques, ils se ferment toutes les voies scientifiques alors qu’avant, avec les maths dans le tronc commun, ils pouvaient se rattraper.

En réalité, le choix d’arrêter les mathématiques pour tous à la fin de la seconde est motivé par des questions de ressources humaines, même si le ministre a affirmé le contraire. Comme on n’arrive pas à trouver suffisamment d’enseignants, on diminue le nombre d’heures et de postes. C’est dramatique parce qu’on prive toute une partie de la population d’une culture mathématique.

→ ENTRETIEN. « La question est de savoir si les professeurs des écoles aiment les maths »

La solution serait évidemment de réintroduire les maths pour tous, ce qui était d’ailleurs le projet initial de Pierre Mathiot, auteur de la réforme. Le ministère nous explique que les mathématiques font partie des enseignements fondamentaux, au même titre que le français et l’histoire-géographie, mais c’est aujourd’hui la seule discipline qui s’arrête en seconde pour certains élèves. Pour quelles raisons ne sont-elles pas enseignées jusqu’à la fin de première, comme le français ?