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Le taux de réussite est en hausse en licence

L’image d’une université française aux deux visages serait-elle en train de changer ? Réputée pour son excellence dans nombre de filières, en deuxième et surtout troisième cycles. Mais connue aussi pour son incapacité à faire réussir massivement en début de parcours des jeunes aux profils de plus en plus hétérogènes.

C’est en tout cas ce qu’avance la ministre de l’enseignement supérieur, vantant une progression du taux de réussite en licence : la part des étudiants obtenant, en quatre ans maximum, ce diplôme de niveau bac + 3 a grimpé d’à peine plus de 40 % en 2016 à 45,5 % en 2018. « Et elle devrait atteindre les 47 % en 2022 », s’est réjouie Frédérique Vidal, lors de sa conférence de presse de rentrée, jeudi 30 septembre.

Une « victoire collective »

« L’échec en licence est en train de refluer », assure-t-elle, en parlant de « victoire collective ». La ministre ne prend guère de risques en avançant ce chiffre pour une cohorte qui aborde à peine la dernière partie de son cursus. Car en réalité, l’immense majorité des échecs et abandons se produit en première année, voire dans les semaines qui suivent le début de L1.

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Comment expliquer ces bons résultats ? Frédérique Vidal met en avant notamment un meilleur accompagnement des étudiants, avec des programmes de tutorat. L’action des 20 000 tuteurs recrutés l’an dernier (pour 3,6 millions d’heures réalisées) sera d’ailleurs reconduite cette année, a-t-elle annoncé.

Le taux de réussite est en hausse en licence

La ministre voit aussi dans ces bons résultats les effets d’un assouplissement des règles de la licence, qui jadis devait, sauf redoublement, s’effectuer en trois ans, et qui depuis plusieurs années peut faire l’objet d’un aménagement. « Ce sont aujourd’hui 10 % des étudiants de licence qui bénéficient d’un parcours personnalisé », a-t-elle précisé.

Faire sa première année en deux ans

« Certaines universités proposent aux étudiants les plus doués de faire leur licence en deux ans, une manière d’attirer des candidats tentés plutôt par des prépas », prolonge Virginie Dupont, la vice-présidente de la Conférence des présidents d’université. La sienne, celle de Bretagne Sud, pourrait à l’avenir s’appuyer sur l’hybridation - mélange de présentiel et de distanciel - pour offrir une telle solution. Et d’ores et déjà, elle permet « aux candidats les plus fragiles de s’engager d’emblée sur un parcours en quatre ans, en effectuant la L1 en deux ans ».

Ces nouvelles possibilités vont de pair avec la mini-révolution Parcoursup et sa logique de sélection, notamment dans les filières en tension. En leur donnant la possibilité de répondre « oui, si », la plateforme d’orientation et d’affectation vers le supérieur permet aux établissements de conditionner l’acceptation de certains candidats à une remise à niveau ou à un aménagement des parcours. « Cela permet d’éviter par exemple d’accueillir dans le cursus ordinaire, en droit, des candidats ayant obtenu de justesse un bac techno STMG, marketing et gestion, et qui auraient probablement décroché, comme c’était le cas avant, dès le premier semestre », approuve Virginie Dupont.

Un effet Covid ?

En voyant le taux de réussite en licence grimper, cependant, on ne peut s’empêcher de se demander s’il n’y a pas là un effet Covid, synonyme de plus grande mansuétude, comme cela a été le cas pour la session 2020 du bac (avec 95,7 % des candidats qui avaient obtenu le diplôme, soit 7 points de plus qu’à la session précédente). « Les collègues ont été attentifs à ne pas organiser des examens au rabais, répond Virginie Dupont. Ils n’auraient de toute façon pas eu envie de retrouver l’année d’après des étudiants présentant un niveau insuffisant ».

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« Les modalités d’évaluation étaient différentes mais les exigences ont été en général au moins aussi élevées, notamment parce que certains enseignants pensaient qu’à distance, il y avait plus de possibilités de se faire aider ou de tricher », abonde Maryam Pougetoux, vice-présidente de l’Unef.

Cette représentante syndicale s’interroge plutôt sur le profil sociologique des étudiants auxquels bénéficie ce surcroît de réussite en licence. La logique de sélection sur Parcoursup profite souvent, considère-t-elle, à des candidats issus de familles plus ou moins riches. Et Maryam Pougetoux d’argumenter : « Le fait d’avoir passé, en payant, le BAFA, le brevet d’animateur, ou bien des certifications en langues, peut jouer lors de la sélection des dossiers. »