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Ils ont testé leur activité en micro-entreprise avant de changer de statut

Les créateurs d’entreprise sont de plus en plus nombreux à opter, pour une durée plus ou moins longue, pour le régime de la micro-entrepeneur. Les données d'immatriculations dans les chambres consulaires le démontrent. Témoignages.

Benjamin Tognon

Fort d’une formation professionnelle reconnue obtenue à l’AFPA de Chevigny-Saint-Sauveur (Côte d’Or), en peinture, électricité et plâtrerie, après une formation en CAP carrelage au CFA bâtiment de Marzy (Nièvre), Benjamin Tognon, 27 ans aujourd’hui, est très vite entré dans la vie active. Il a travaillé pendant environ six ans à la maintenance au sein de la Fédération des Œuvres Laïques de la Nièvre. Puis, au début de l’année 2018, lui qui a toujours eu pour objectif d’être son propre patron, il décide de se mettre à son compte et opte, pour démarrer, pour le statut de micro-entrepreneur. « J’ai fait ce choix par facilité, mais pas seulement. C’était une façon pour moi de tester mon activité, de me faire un nom et de commencer à me faire un carnet de clients ». Le résultat est positif et le 1er janvier 2021, il change de statut pour choisir celui d’entreprise individuelle. « J’ai hésité avec la SARL. J’ai donc pris conseil auprès de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat, ainsi que de mon comptable. »

Un salarié et deux apprentis

Si Benjamin Tognon a décidé de changer de régime, c’est parce qu’il avait prévu d’embaucher, ce qui n’est pas possible pour un micro-entrepreneur. Et il avait atteint le plafond légal en termes de chiffre d’affaires. Il a actuellement un salarié et deux apprentis, mais Benjamin Tognon souhaite continuer à développer son entreprise de plâtrerie peinture. « Mon objectif est d’arriver à six salariés pour pouvoir mener deux ou trois chantiers de front ». Il envisage également de changer à nouveau de régime. « Après mon bilan début 2022, je pense passer en SARL (N.D.L.R. : Société à Responsabilité Limitée), pendant deux ou trois ans ». Quant au statut du micro-entrepreneur, il estime que « c’est une option pour se tester ou pour s’assurer un complément de revenus. »

Théo Gourdin

Il n’a que 25 ans et a déjà créé son entreprise et des emplois, à Prémery. Depuis son apprentissage à partir de 16 ans, il a toujours travaillé dans la couverture. Titulaire d‘un CAP obtenu en 2014 au CFA bâtiment de Marzy.

Dès la fin de sa formation, il a été salarié mais son envie de créer son entreprise était forte et il franchit le pas. « J’ai lancé ma micro-entreprise en juillet 2020, en plus de mon activité professionnelle. Je faisais des petits chantiers, en dehors de mon temps de travail, et cela m’apportait un complément de revenus », ajoute-t-il.

« Je m’étais donné un an maximum sous ce statut mais très vite, je me suis rendu compte que ce n’était pas le plus intéressant pour moi, notamment en termes de cotisations pour la retraite ». De surcroît, il s’était très vite créé un solide réseau de clientèle et a rapidement eu un an de travail devant lui. Aujourd’hui, son planning est plein pour deux années.

Ils ont testé leur activité en micro-entreprise avant de changer de statut

Amoureux du patrimoine

Après six mois de vie de sa micro-entreprise, il opère un virage, se consacre à 100 % à son activité et opte pour le statut en de SAS (société par actions simplifiée). Elle est spécialisée dans la charpente, la couverture et la zinguerie. Une suite logique après avoir pu tester son activité en qualité de micro-entrepreneur et ouvrir son carnet de clients. Depuis, il a créé trois emplois, avec des salariés issus, comme lui, de l’apprentissage. Il a également deux postes d’apprentis ouverts, l’un en charpente, l’autre en couverture. Mais il n’arrive pas à les pourvoir.

Son entreprise implantée à Prémery et qui porte son nom, l’amoureux du patrimoine qu’il est, « avec 98 % de chantiers sur le bâti ancien », il souhaite la faire grandir, en lui gardant une taille raisonnable. « Actuellement, j’ai une équipe de couvreurs et une de charpentiers. L’idéal serait de recruter un maçon, qui travaille avec les méthodes traditionnelles, pour créer une troisième équipe. Je suis prêt à former ou à envoyer en formation. »

Virgil Peignot

« Ce statut est un bon tremplin pour se mettre en jambes, mesurer les risques à prendre et tester son activité. C’est à ça que ce régime doit servir. Auto-entrepreneur, ça devrait être un an minimum et deux ans maximum », nous déclarait-il en novembre 2014.

Plus de 1.000 clients aujourd'hui

Son entreprise de plomberie-chauffagiste, baptisée APC et désormais implantée à La Charité-sur-Loire, Virgil Peignot, 41 ans, l’a créée en mars 2012 alors qu’il était toujours salarié. « Je l’ai lancée avec seulement 250 €. En moins de six mois, j’avais atteint le plafond d’alors en termes de chiffre d’affaires », détaille-t-il. Fort de cela et de son amour du métier, qu’il a notamment appris au CFA bâtiment de Marzy dont il est sorti avec un CAP plomberie-chauffage, il démissionne de son emploi et lance son entreprise individuelle le 17 juin 2013. Pour lui, l’apprentissage est une école qu’il connaît bien, puisqu’il en vient. « Former, c’est assurer la pérennité de nos métiers. C’est aussi assurer le développement de l’entreprise avec pour objectif d’embaucher ces apprentis à l’issue de leur formation ». Alors, il leur accorde la même attention que celle qu’il a pour ses salariés. Aujourd’hui, elle ne cesse de grandir avec environ 1.040 clients, deux salariés de 20 et 28 ans, un apprenti et bientôt un deuxième, et un chiffre d’affaires de l’ordre de 550.000 €. Ses nouveaux locaux, très fonctionnels et qu’il mettra rapidement à ses couleurs, lui offrent 400 m2 de stockage et un espace dans lequel il installera prochainement son show-room.

L’avenir de son entreprise, qui a désormais le label RGE (Reconnu Garant de l’Environnement), il y pense, bien évidemment. Une étape devrait ainsi être franchie au plus tard fin 2022, avec un nouveau statut. Ce sera soit une Société à Responsabilité Limitée (SARL) ou une SAS, qui veut dire Société par Actions Simplifiée.

Que disait la loi appliquée à partir de 2009

C’est lors des Journées de l’entrepreneur fin 2008 qu’Hervé Novelli, alors secrétaire d’État aux PME, a lancé le statut de l’auto-entrepreneur, qui figurait dans l’article 1 de la loi de modernisation de l’économie. À son origine, ouvert à tous, permettait notamment à ceux qui le souhaitent de développer une activité parallèle à leur métier ou de compléter leurs revenus. À cette époque, marquée par un ralentissement de l’économie, Hervé Novelli parlait d’une « arme anti-crise » et précisait : « Tout le monde peut devenir auto-entrepreneur : les salariés qui veulent un complément de revenu, les retraités qui veulent améliorer leur pension, les jeunes qui ont besoin d’un peu d’argent pour leurs études ou encore les chômeurs, pour qui il pourra s’agir d’une chance de rebondir. Par ailleurs, ce statut est ouvert à tout type de métier ». À son lancement, pour être auto-entrepreneur, il fallait réaliser moins de 80.000 € de chiffre d’affaires pour une activité commerciale ou moins de 32.000 € pour ceux qui travaillaient dans les services. Des seuils qui, depuis, ont été revus à la hausse. Aujourd’hui encore, même si ce statut a été plusieurs fois amendé pour obliger à la détention de certains diplômes, dans plusieurs corps de métiers, nombre de professionnels le considèrent toujours comme de la concurrence déloyale du fait de charges auxquelles les auto-entrepreneurs ne sont pas assujettis. Mais force est de constater que dans les centres de formalités des entreprises au sein des chambres consulaires, une part très importante des immatriculations se fait sous ce régime de la micro-entreprise.

Quelques chiffres: 407. Entre le 1er janvier et le 30 octobre de cette année, la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Nièvre a enregistré les immatriculations de 544 entreprises. Sur ce total, 407 sont des auto-entreprises, aujourd’hui appelées micro-entreprises. 47. Cette année, à la Chambre de Commerce et d’Industrie de la Nièvre, les micro-entreprises représentent 47 % des immatriculations. 176.200. En euros, chiffre d’affaires hors taxes maximal qu’une micro-entreprise peut réaliser si son activité est la vente de marchandises, d’objets, de fournitures de denrées à emporter ou à consommer sur place, ou la prestation d’hébergement (hôtels, chambres d’hôtes, gîtes ruraux, meublés de tourisme, etc.). 72.600. En euros, chiffre d’affaires maximal hors taxes qu’une micro-entreprise peut réaliser pour les prestations de service relevant des bénéfices industriels et commerciaux (BIC) et les professions libérales relevant des bénéfices non commerciaux (BNC). 2016. Depuis le 1er janvier 2016, il n’y a plus de différence entre le régime de l’auto-entrepreneur et celui de la micro-entreprise. Désormais, les deux sont désignés juridiquement sous l’appellation micro-entrepreneur.

Denis Chaumereuil